Déconnexion réalité

Déconnexion réalité

Enjeux

  • Les smartphones sont similaires aux machines à sous, car les deux ont un système de récompense intégré que nous trouvons difficile à résister.
  • Face aux trolls sur les réseaux sociaux, il est parfois difficile de filtrer l’inexactitude, la bêtise, le biais et la vénalité. Il faut dépenser beaucoup d’énergie mentale et émotionnelle pour gérer les abus sinon il faut accepter de ne pas lire les commentaires et de perdre des commentaires réellement utiles.
  • Les géants du numérique comme Facebook prétendent que le 21ème siècle des réseaux sociaux sera mieux et plus compatissant que le 20ème siècle dominé par la télévision. Il semble néanmoins que Facebook agisse en fait un peu comme un puissant gaz à effet de serre pour notre atmosphère sociale collective. La télévision l’était aussi, bien sûr, mais c’était comme du CO2 alors que la dangerosité des usages inadaptés des réseaux sociaux ressemblerait plus à du méthane.
  • Le ciblage comportemental de Facebook ne reflète pas seulement les comportements des utilisateurs, il cherche aussi à les influencer. Les algorithmes de News Feed fonctionnent de manière à ce que plus vous vous engagez avec les messages d’un utilisateur spécifique, plus souvent ses messages vous sont affichés. Plus vous interagissez avec eux et plus vous isolez du reste de vos amis. Par ailleurs, comme “engagement” est la métrique dominante, Facebook augmente de préférence la visibilité des posts qui génèrent choc et indignation. Cette distorsion ne s’applique pas seulement à Facebook mais à tous les réseaux sociaux avec des flux algorithmiques “intelligents” qui optimisent l’engagement.
  • Les smartphones ne sont pas seulement un outil de consommation, mais sont utilisés comme symbole de statut. Ils érodent également nos relations personnelles.
  • Voir des couples au restaurant, les yeux rivés sur leurs smartphones, chacun dans son univers, ne partageant aucun moment…
  • Le cyberespace devient très investi par l’internaute, au détriment des autres activités qui peuvent alors s’en trouver réduites ou négligées.
  • Les usages numériques inadaptés génèrent parfois le sentiment de ne jamais réussir à rattraper le flot d’informations qui peuvent mener à une certaine déconnexion de la réalité.
  • L’un des grands dangers des écrans, c’est d’offrir un refuge facile à tous ceux qui rencontrent des déceptions ou des frustrations dans leur vie quotidienne réelle. Si ce refuge est ponctuel, ce n’est pas grave, mais si les difficultés ne sont pas résolues, le refuge dans les écrans risque de prendre de plus en plus de place et de provoquer l’entrée dans un cercle vicieux.
  • Il y a par ailleurs eu une augmentation significative des troubles numériques que les gens sont de plus en plus obsédé par un monde virtuel. Cela peut entraîner les troubles suivants:
    • Anxiété
    • Colère
    • Insomnie
    • Dépression
    • OCD
    • Isolation sociale
  • Le “zombiquisme” (l’incapacité à communiquer avec des gens qui ne sont pas à distance) ou encore la “zappite” (des crises d’ennui provoquées par l’absence de stimuli) entre autres.
  • Il y a des personnes qui tournent en boucle sur les sites de rencontre sans jamais rencontrer personne dans la vie réelle, car ils ont simplement besoin d’être tout le temps connecté à la plateforme virtuelle. C’est le fait d’être connecté qui compte, bien plus que l’envie de faire des rencontres. Le fait de prioriser les cyberrelations au détriment des relations amicales et familiales réelles peut mener à la détérioration de ces dernières contribuant ainsi à l’isolement du cyberdépendant[1].
  • Les jeunes qui passent plus de deux heures par jour à se connecter sur les sites de réseaux sociaux sont plus susceptibles de signaler une mauvaise santé mentale, y compris la détresse psychologique[2].
  • La dépendance à Internet peut déterminer la négation ou l’évitement d’autres problèmes de la vie courante.
  • Le jeu vidéo n’est pas seulement une cour de récréation mais il est surtout un espace de re-création. Une re-création de soi pour certains utilisateurs.
  • L’otakisme est un phénomène ayant son origine au Japon qui définit une catégorie d’individus socialement isolés, et qui se sont retournés de manière compulsive vers les techniques informatiques ou les univers virtuels. Ils déplacent ainsi une socialité réelle dans un monde numérique alors perçu comme salvateur pour de nombreux individus nippons, en rupture avec une société d’appartenance jugée oppressante. L’otakisme apparaît chez des adolescents de 15 ans. Un otaku ne se sent à l’aise que dans l’environnement qu’il s’est inventé, avec les règles qu’il a lui-même fixées. C’est une personnalité fragile, qui ne s’autorise pas des relations directes avec des personnes réelles. L’otaku est un fan acharné de séries animées, de mangas, de jeux vidéo, doublé d’un collectionneur compulsif. Plutôt que d’affronter la réalité, certains décident de ne pas se conformer au système en vigueur et préfèrent se retourner vers leur enfance, époque d’insouciance où tout leur était possible, rassurant et tellement facile. Leur vie se résume à leur vie virtuelle et passe tout leur temps disponible dans ce nouveau monde. Internet est considéré une drogue pour près d’un adolescent japonais sur dix (8,1%)[3].
  • Facebook est devenu un lieu central des activités culturelles, informationnelles et communicationnelles sur internet. L’exposition à l’information peut y être volontaire (abonnements à des pages médias) ou accidentelle: un ami qui interagit avec un contenu d’actualité (like, partage, commentaire) et donc nous y expose dans notre fil d’actualités, ou alors un groupe auquel on est abonné qui va poster un contenu et/ou chercher à en discuter.
  • Dans les informations reçues sur Facebook, les posts de médias ayant pignon sur rue sont mélangés à des blagues, des commentaires et clins d’œil humoristiques, des pastiches d’information ou encore des «petites infos», de type vie pratique, people, etc. La fréquence de consultation du réseau social engendre parfois une exposition accidentelle à l’information. Cela permet aux gens d’être renseignés malgré eux.
  • En 2007, l’article le plus consulté du Los Angeles Times concernait le chien le plus laid du monde[4].

Statistiques

  • 13 % des Américains seraient accros de leurs smartphones, avec l’utilisation moyenne de 3,6 heures par jour, causant souvent une distraction sévère dans leurs relations humaines. Les réseaux sociaux sont les applications les plus populaires (87%), suivies des applications de messagerie instantanée (52%)[1].
  • 60 % des Français justifient que leurs usages intensifs des services numériques par le fait qu’ils leur permettent de faire plusieurs choses en même temps[2].
  • 44% des Américains utilisent leur smartphone pour échapper à une interaction sociale, avec des millénaires les plus susceptibles de le faire à 71 pour cent. … 41% ont déclaré qu’ils avaient joué pour échapper au monde réel[3].
  • Un Américain passe en moyenne plus de 10 heures par jour devant un écran électronique[4].
  • Les étudiants américains passent en moyenne près de neuf heures par jour sur leurs téléphones cellulaires[5].
  • 60% des étudiants américains admettent qu’ils peuvent être accro à leur téléphone cellulaire[6] .
  • Les jeunes adultes, âgés de 18 à 29 ans, envoient en moyenne 109,5 textes par jour, soit environ 3 200 messages par mois. Ils reçoivent 113 textes supplémentaires et vérifient leurs horaires 60 fois dans une journée typique et les étudiants passent environ sept heures par jour à interagir avec les technologies de l’information et de la communication[7].
  • Instagram a été jugé le plus mauvais des réseaux sociaux tandis que YouTube a été la seule plate-forme de médias sociaux qui a démontré un impact global positif sur la santé mentale des jeunes. Sept jeunes sur dix reconnaissent qu’Instagram les fait se sentir mal dans leur peau[8].
  • 7% des Français utilisent leur téléphone portable au volant , 13% à l’arrêt… et près de 40% de ces accros tiennent leur portable en main pour l’utiliser en conduisant. 90% prennent leur téléphone quand elles se sentent seules. Près d’un accident corporel sur dix sur la route est lié à l’utilisation du téléphone portable[9].
  • En quelques années seulement, Twitter et Facebook ont profondément changé nos habitudes en matière de consommation d’information. 40% des utilisateurs américains de Facebook considèrent le site comme une source d’informations importante, 31% qui suivent des événements en direct et seulement 28% qui publient à ce sujet[10].
  • Facebook constitue désormais la principale source d’information politique des 18-33 ans. 61% des jeunes Américains déclarent en effet avoir accès à la plupart des informations politiques et gouvernementales via Facebook, loin devant CNN (44%), la télévision locale (37%) et Google News (33%)[11].
  • La part des jeunes adultes suisses de 16 à 29 ans qui s’informent régulièrement via les médias traditionnels est passée entre 2009 et 2015, de 44% à 26 pour les journaux imprimés, de 65% à 39% pour la télévision et de 66% à 53% pour la radio[12].
  • Seuls 18% des jeunes français pensent que les informations circulant sur Facebook sont fiables car s’y mélangent sur leur fil d’actualité des «informations» de registre fort différent, y compris à la crédibilité douteuse, ou dont le but premier est moins d’informer que de distraire, voire de faire rire. 45,7% affirment que le caractère «amusant ou divertissant» du contenu reçu constitue une «raison majeure» de cliquer dessus pour en savoir plus[13].
  • Les internautes américains apprécient que les informations qui leur arrivent via les réseaux sociaux soient pré-sélectionnées pour eux. Près du quart des répondants pensent que les informations recommandées sur la base de ce que leurs contacts ont apprécié sont les plus pertinentes. S’ils apprécient les possibilités offertes par les algorithmes de recommandation des réseaux sociaux, les internautes expriment malgré tout des inquiétudes concernant leur utilisation systématique. Aux Etats-Unis, ils sont ainsi 59% à craindre de manquer de points de vue divergents sur un sujet, et 49% à s’inquiéter pour la protection de leur vie privée[14].