Porno

Enjeux

  • Les smartphones sont similaires aux machines à sous, car les deux ont un système de récompense intégré que nous trouvons difficile à résister.
  • Internet a grandement facilité l’accès à la pornographie. L’accès au porno est désormais simple et discrète. Il n’y a plus besoin d’entrer dans une démarche proactive qui consiste à entrer dans un vidéoclub et d’acheter un produit. Les utilisateurs de sites pornographiques ont pour la plupart une utilisation de nature secrète.
  • Il n’y a pas de diagnostic de dépendance à la pornographie dans le Manuel diagnostique et statistique actuel des troubles mentaux (DSM-5). Le DSM-5 a examiné le diagnostic de troubles du comportement liés à l’hypersexualité (auquel la dépendance au porno était un sous-ensemble), mais l’a rejeté car il n’y a pas de preuve évaluée par les pairs pour établir les critères de diagnostic et les descriptions de cours nécessaires pour identifier ces comportements comme des désordres mentaux[1].
  • Il y a un risque que les enfants tombent involontairement sur des contenus pornographiques s’est également accru.
  • Les dispositions du droit fédéral suisses pour 
la protection des enfants et des jeunes face aux médias sont présentées dans les articles 135 et 197 du Code pénal. Sont notamment interdits:
    • le fait de donner accès à de la pornographie à un enfant de moins de 16 ans;
    • la pornographie dure (pédopornographie);
  • À 6 ans, la représentation de la sexualité d’un enfant est bien évidemment très éloignée de celle des adultes. À ce stade de leur développement, ils ne peuvent pas donner du sens aux images qu’ils ont vu. Pour eux, c’est une effraction, une intrusion psychique. Ces enfants peuvent être très culpabilisés. Certains n’osent pas en parler à leurs parents par crainte d’être puni et ils gardent ce poids pour eux. Des symptômes peuvent alors apparaître comme des cauchemars, des accès de tristesse, un refus d’aller à l’école ou de voir leurs amis… Il faut avant tout leur expliquer que ce n’est pas leur faute et les autoriser à parler de ce qu’ils ont vu[2].
  • La majorité des jeunes ont conscience que ces films ne sont pas la réalité mais, malheureusement, ceux-ci peuvent tout de même avoir un impact désastreux sur une minorité[3].
  • L’effet de la consommation d’images pornographiques chez les adultes :
    • Des difficultés d’éjaculation chez les hommes.
    • Des difficultés d’érection chez les hommes.
    • Une tendance à mal juger son (sa) partenaire, sans doute parce qu’on compare l’autre aux acteurs (trices) X[4].
    • Une tendance à plus accepter la violence sexuelle comme banale[5]
    • Un calibrage des fantasmes par le X.
  • Les images pornographiques peuvent faire effraction. Elles entrent en force dans l’imaginaire du sujet et vont contribuer à lui façonner des fantasmes basés sur la pornographie, au lieu de lui laisser construire un imaginaire érotique personnel en fonction de ses propres expériences. Ces images peuvent rester pour certaines indélébiles[6].
  • L’avènement d’Internet, puis des sites de partage de vidéos en ligne, des réseaux sociaux ont proposé des moyens inédits pour se rencontrer, les écrans devenant par le fait même la vitrine de nombreuses pratiques sexuelles. Cela a transformé le contexte non seulement de la sexualité, mais aussi de son interprétation. Les individus ont désormais accès à une « documentation » inédite pour appréhender la sexualité d’inconnus. Pourtant, ceux qui accèdent à ces documents ne voient, dans les faits, que des bribes de mises en scène.
  • L’expérience de la pornographie peut avoir de réels impacts sur la vie amoureuse et sexuelle de jeunes. L’image dégradante de la femme comme objet sexuel proposée associée à celle du mâle dominant  dans la plupart de ces films ne favorise pas des comportements égalitaires et respectueux dans les jeunes couples. Certains sites porno tendent par ailleurs souvent à induire une confusion grave chez les jeunes (garçons essentiellement) entre sexe et violence.
  • La banalisation et l’exposition de pratiques sexuelles problématiques chez les jeunes induisent leur acceptation comme des pratiques « normales » et leur adoption.
  • Face à des modèles sexuels qui privilégient le culte de la performance, certains jeunes peuvent aussi  avoir du mal à vivre leur sexualité de jeunes hommes « normaux », voire à trouver plus de plaisirs dans le visionnage de vidéos porno et la masturbation (85% des garçons se masturbent devant leur écran) qu’à l’acte sexuel en soi. On se retrouve alors dans des cas de déviance, au sens clinique du terme.
  • Des comportements problématiques peuvent réduire l’humeur chez les individus accro à la pornographie[7] et la satisfaction dans leurs relations amoureuses[8].
  • Le cerveau s’habitue aux images X. Il développe ainsi des circuits d’excitation particuliers. Le rapport sexuel de couple n’est alors sont plus aussi efficace. Ainsi, les images X vont stimuler suffisamment l’excitation pour arriver à un niveau où l’éjaculation se produit. Si cet homme se trouve avec sa partenaire, sans ces images auxquelles il est habitué, son excitation n’arrive plus à monter aussi haut et il ne parvient pas à éjaculer.
  • Les heures et les années d’utilisation du porno étaient corrélées avec la diminution de la matière grise dans les régions du cerveau associées à la sensibilité de la récompense, ainsi que la réduction de la réactivité aux photos érotiques[9].
  • Moins de matière grise signifie moins de dopamine et moins de récepteurs de la dopamine. La consommation régulière de pornographie supprime plus ou moins votre système de récompense»[10].
  • Il est néanmoins possible que le sentiment de la personne d’être accro à la pornographie en ligne entraîne une détresse en santé mentale, et non la pornographie elle-même. Il ne semble pas être la pornographie elle-même qui cause des problèmes aux gens, c’est la façon dont ils se sentent à ce sujet[11].
  • La dépendance à la pornographie est une prétendue dépendance comportementale caractérisée par une utilisation compulsive et répétée de matériel pornographique jusqu’à ce qu’elle entraîne de graves conséquences négatives pour le bien-être physique, mental, social et / ou financier de chacun[12].
  • Les effets psychologiques de ces changements cérébrales sont décrits comme une désensibilisation à la récompense, une réponse anorgique dysfonctionnelle et une impulsivité[13].
  • Les comportements sur Internet, y compris l’utilisation de la pornographie, sont considérés comme potentiellement addictifs et que l’utilisation problématique de la pornographie en ligne est considérée comme un «trouble de l’utilisation de l’Internet».[14]
  • Les « sextos » sont des photos à caractère sexuel que des personnes s’échangent par l’intermédiaire de leur téléphone ou d’Internet. Ils sont généralement échangés par des partenaires en couple ou par des personnes en phase de séduction. Dans certains cas, toutefois, un sexto est sollicité ou transmis sans le consentement de l’autre[15].
  • Le revenge porn consiste à diffuser sur internet et les réseaux sociaux une image pornographique d’un ex partenaire.
  • Les sextos sont assez répandu parmi les jeunes vivant leurs premières expériences sexuelles. Cependant, une photo nue envoyée en gage d’amour peut se transformer en réel danger en cas de séparation: par vengeance, elle peut être transmise via téléphone mobile ou Internet à un large public. De plus, non seulement les adultes, mais également les mineurs qui envoient des photos érotiques à des jeunes de moins de 16 ans, se rendent coupables
de diffusion de contenus pornographiques.
  • Avec l’émergence des réseaux sociaux, il y a une vraie difficulté de trouver ou de s’inventer des modalités pour entrer en contact les uns avec les autres, pour séduire, pour se faire aimer et apprécier sans succomber aux demandes pressantes, et surtout sans mettre en jeu son image.

Statistiques

  • 68% des couples dont l’un des partenaires est dépendant à la pornographie espacent de plus en plus leurs relations sexuelles vécues ensemble. Celles-ci perdent de l’intérêt pour eux, et certains n’ont plus aucune relation depuis des mois ou même des années[1].
  • 6 à 9% des personnes qui consomment du X deviennent dépendantes. Elles n’arrivent pas à limiter leur consommation et vivent une escalade[2].
  • 30% de toutes les données transférées en ligne est le porno. 70% des hommes consommaient ce contenu comparativement à 30% des femmes.
  • L’âge moyen de la première exposition  à la pornographie eb ligne est de 11 ans. 80% de 8 à 16 ans ayant vu du porno en ligne.
  • Seulement 3% des sites pornographiques exigent une preuve d’âge avant d’accorder l’accès à un matériel sexuellement explicite. Les deux tiers des sites Web pornographiques n’incluent aucun avertissement de contenu pour adultes.
  • Les États-Unis représentent environ 13 milliards de dollars des 97 milliards de dollars réalisés dans le monde entier dans l’industrie de la pornographie chaque année.
  • Selon Google analytics, recherche les termes “porno”, “XXX” et “sexe”: en 2011, 68 millions de visites par jour et en 2014, 84 millions de visites par heure
  • 80% des garçons et 45% des filles de 14 -18 ans déclarent avoir vu au moins une fois un film X durant l’année. Les filles, principalement à la télévision; les garçons, aussi en vidéo et sur Internet. Ces derniers sont d’ailleurs nettement plus  «gros consommateurs » que les filles: près d’1 garçon sur 4 contre 1 fille sur 50 en a vu au moins 10 dans l’année.
  • Le smartphone est privilégié par les consommatrices de porno en ligne (71 %), loin devant la tablette (8 %). L’ordinateur n’est utilisé que par 21 % des femmes. Plus les clientes du site sont âgées, moins elles ont tendance à utiliser leur téléphone mobile. Les 18-24 ans sont ainsi 78 % à se servir de leur smartphone mais ce chiffre tombe à 36 % chez les femmes âgées de 65 ans et plus[3].
  • L’Afrique du Sud enregistre le taux le plus haut de consommation féminine de pornographie sur mobile (91 %), juste devant les Etats-Unis (89 %). Le Royaume-Uni, l’Inde et le Pakistan occupent ex-aequo la troisième place (86 %).
  • Les garçons suisses ont indiqué que cela leur donnait envie d’avoir des relations sexuelles et aussi parfois de se masturber, que cela avait éveillé leur curiosité ou tout simplement que c’était amusant. Les filles ayant regardé un lm pornographique l’ont fait davantage par hasard ou après incitation par une autre personne. Les jeunes des deux sexes ont en revanche éprouvé du dégoût en visionnant des contenus de pornographie dure[4].
  • Les activités sexuelles en ligne de type sextos  sont envoyés par 4 % des 12-17 ans en 2012, alors que 15 % déclarent en avoir déjà reçu; ces pourcentages étant en augmentation respectivement de 8 % et 30 % pour les jeunes âgés de 17 ans. La fréquence et les auteurs de ces pratiques semblent beaucoup varier selon les pays et les cultures.
  • La consommation de porno en ligne repose essentiellement sur l’offre gratuite de film X sur Internet. A peine 4% des adolescents français ont déjà surfé sur un site payant au cours de leur vie (contre 22% chez l’ensemble des Français), que ce soit sous forme d’abonnement (4%) ou de payement à l’unité (3%).
  • A 15 ans, la moitié des adolescents  français interrogés ont déjà vu un film X, que ce soit sur un support télévisuel (46% avant 15 ans) ou sur le web (47% avant 15 ans).
  • En majorité, les ados considèrent eux-mêmes que leur première expérience du porno en ligne a été prématurée. En effet, plus d’un ado sur deux (55%) considèrent qu’ils étaient « trop jeune » la 1ère fois.
  • 45% des adolescents français estiment que les vidéos pornographiques qu’ils ont vues au cours de leur vie ont participé à l’apprentissage de sa sexualité, soit une proportion largement supérieure à celle observée dans la population adulte ayant déjà vu un film X (35% en 2009).
  • L’échange de sextos s’est banalisé. En France et en Italie, 35 % des jeunes femmes de moins de 35 ans ont déjà envoyé un sexto, contre 29 % des Allemandes et 33 % des Espagnoles du même âge[5].
  • Parmi les principales raisons évoquées par cd’envoyer un sexto, on trouve : s’amuser ou séduire, faire un cadeau à son petit copain ou à sa petite copine, répondre à un sexto reçu, blaguer, se sentir sexy. Toutefois, 12 % des adolescentes de l’enquête disent l’avoir fait à la suite de pressions exercées sur elles[6].
  • Les garçons sont plus nombreux que les filles à solliciter des sextos. 20 % des jeunes filles québécoises disent avoir subi des pressions pour en envoyer[7].

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/DSM-5
[2] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/03/19/01016-20170319ARTFIG00203-pornographie-un-enfant-ne-doit-pas-rester-seul-devant-un-ecran.php
[3] http://www.atlantico.fr/decryptage/epidemie-addiction-au-porno-effets-devastateurs-relations-amoureuses-pascal-sutter-613769.html#HDGtrMxpLA8Z1IED.99
[4] http://www.e-sante.fr/vrai-faux-sur-effet-pornographie-sur-sexualite/actualite/1656#pOBZbuEPGbAy5CFu.99
[5] Gert Martin Hald, Neil N. Malamuth, Theis Lange. Pornographie et attitudes sexistes chez les hétérosexuels. Journal of Communication, 2013; 63 (4): 638 DOI: 10.1111 / jcom.12037
[6] http://www.e-sante.fr/vrai-faux-sur-effet-pornographie-sur-sexualite/actualite/1656#pOBZbuEPGbAy5CFu.99
[7] Http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0055162#pone.0055162-Griffiths1
[8] Http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21259151
[9] Http://archpsyc.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1874574
[10] Http://www.dw.com/fr/pea-brain-watching-porn-online-will-wear-out-your-brain-and-make-it-shrivel/a-17681654
[11] Joshua B. Grubbs, Nicholas Stauner, Julie J. Exline, Kenneth I. Pargament, Matthew J. Lindberg. Adhérence perçue à la pornographie par Internet et à la détresse psychologique: examen des relations parallèlement et au fil du temps. Psychologie des comportements addictifs, 2015; DOI: 10.1037 / adb0000114
[12]  American Psychiatric Association (2013). Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (cinquième édition). Arlington, VA: American Psychiatric Publishing. Pp. 481, 797-798. ISBN 978-0-89042-555-8.
[13]  Duffy, Athena; Dawson, David L .; Das Nair, Roshan (1er mai 2016). “La dépendance à la pornographie chez les adultes: un examen systématique des définitions et de l’impact signalé”. Le Journal of Sexual Medicine. 13 (5): 760-777. Doi: 10.1016 / j.jsxm.2016.03.002. ISSN 1743-6109. PMID 27114191.
[14] Kraus, Shane W .; Voon, Valérie; Potenza, Marc N. (2016-02-19). “Le comportement sexuel compulsif doit-il être considéré comme une dépendance?”. Dépendance. Dans la presse: 2097-2106. Doi: 10.1111 / add.13297. PMC 4990495. PMID 26893127.
[15] http://www.pewinternet.org/files/old-media/Files/Reports/2009/PIP_Teens_and_Sexting.pdf
[16] http://www.e-sante.fr/vrai-faux-sur-effet-pornographie-sur-sexualite/actualite/1656#pOBZbuEPGbAy5CFu.99
[17] http://www.e-sante.fr/vrai-faux-sur-effet-pornographie-sur-sexualite/actualite/1656#pOBZbuEPGbAy5CFu.99
[18] http://www.20minutes.fr/web/2028643-20170310-pornographie-femmes-visionnent-plus-souvent-videos-telephone-hommes
[19] Etude JAMES, la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), sur mandat de Swisscom, 2014
[20] http://www.ifop.com/media/poll/2636-1-annexe_file.pdf
[21] http://www.thenationalcampaign.org/sextech/PDF/SexTech_Summary.pdf
[22] http://www.pewinternet.org/files/old-media/Files/Reports/2009/PIP_Teens_and_Sexting.pdf

“Venus” de Diego Velázquez revu par Kim Dong-Kyu