Technophobies

Technophobies

Enjeux

  • Le 17 octobre 1991, un journal expliquait : “Les ordinateurs personnels sont trop difficiles à utiliser et ce n’est pas votre faute.” Les services numériques à destination du grand public sont désormais beaucoup plus intuitifs d’usage mais il n’en reste pas moins que les réticences vis à vis de la technologie sont encore nombreuses, variées et parfois justifiées.
  • La technologie est souvent paradoxale: elle est destinée à rendre notre vie plus facile, mais parfois elle la complique davantage.
  • Notre utilisation des services numériques est, dans la plupart des cas, de nature autodidacte. Un certain nombre de personnes ont du mal à faire face à la technologie. Certains d’entre eux portent cette peur à l’extrême et sont appelées «technophobes».
  • La grande majorité de la population est à l’aise avec certaines formes de technologie mais la plupart d’entre nous connaissent plusieurs personnes qui sont intimidés par la technologie.
  • La technophobie décrit n’importe quel type d’inconfort avec une ou plusieurs formes de technologie, auquel cas ceux qui connaissent la technophobie aimeraient, dans la mesure du possible, éviter la technologie.
  • S’ils ne peuvent pas éviter la technologie, ils pourront croire que la technologie n’est pas pour eux, ou bien qu’ils seront capables de le comprendre.
  • Les technophobes n’osent pas utiliser les ordinateurs, ne savent pas envoyer les courriers par e-mail, ignorent comment se servir du distributeur automatique de monnaie pour retirer leur argent… etc.
  • Parmi les types de technophobies, il faut distinguer une purement réactionnaire, au sens étymologique, c’est-à-dire comme réaction immédiate au changement, l’autre que l’on pourrait qualifier de déceptive liée à une expérience personnelle ou celle d’un projet d’un usage inadapté d’un service numérique.
  • La technophobie première est chez des personnes qui n’auraient jamais utilisé les technologies qu’ils redoutent par crainte ou par incompréhension.
  • La technophobie déceptive concerne ceux qui ont été confrontés, directement ou bien indirectement par le biais de leurs proches ou des médias, à leurs risques et pièges. C’est valable notamment par aux adultes qui ont été confrontés à la cybercriminalité, aux jeunes face au cyberharcèlement et aux parents face à l’addiction aux jeux vidéos de leurs enfants.
  • Il faut aussi distinguer les technophobes cognitifs qui se caractérisent par un dialogue intérieur très intense et négatif sur l’éventualité et les conséquence d’une mauvaise manœuvre d’utilisation et les technophobes anxieux qui connaissent les symptômes traditionnels de l’anxiété. Leur fréquence cardiaque augmente, ils ont les mains moîtes, ils ont un mal de tête ou an ventre, etc.
  • Les technophobes cognitifs semblent non seulement plus fréquents, mais aussi plus difficiles à reconnaître parce que de l’extérieur ils ont l’air de ne pas avoir beaucoup de problème.
  • L’anxiété informatique est un état de peur ou de tension d’un contact imminent avec un ordinateur qui pourrait être incompatible avec le danger réel présenté aux utilisateurs d’ordinateurs. Il a été associé à une diminution de l’utilisation ou pire, l’évitement.
  • La phobie des téléphonies n’est pas une peur du téléphone lui-même, mais plutôt une peur de répondre et de recevoir des appels. C’est très similaire à Glossophobie, la peur de parler en public.
  • Les réseaux sociaux sont devenu un lieu central des activités culturelles, informationnelles et communicationnelles sur internet. Ne pas les utiliser n’est plus un choix simple. Une fois qu’un réseau atteint une masse critique, la liberté de choix du consommateur diminue quant à savoir si un service est meilleur qu’un autre, mais un choix de style de vie beaucoup plus large.
  • Les plates-formes de médias sociaux suivent la loi de Metcalfe, qui dicte que la valeur d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre d’utilisateurs connectés. Un réseau de 2 milliards d’utilisateurs ne vaut donc pas 10 fois plus qu’un réseau de 200 millions, mais cent fois plus. L’impact de ces effets de réseau est que le coût de l’option d’exclusion est tout aussi exponentiel. Si vous choisissez de ne pas utiliser une plate-forme dominante, vous payez une pénalité sociale. Et à mesure que de plus en plus de nos vie privée, du travail et de la vie publique se déplacent vers les médias sociaux, ceux qui choisissent de se retirer sont de plus en plus considérés comme isolés. Les géants de la Silicon Valley aiment prétendre que “la concurrence est à un seul clic”. En pratique, la concurrence est hors jeu.
  • La technophobie n’est pas une maladie mentale officiellement reconnue, mais c’est une peur extrême et irrationnelle de la technologie. Habituellement, cette peur est liée à la peur irrationnelle des ordinateurs, des robots, de l’intelligence artificielle et d’autres produits et services numériques.
  • Les peurs ont accompagné l’histoire de l’humanité. L’ère moderne n’échappe pas à cette règle en transportant son lot de peurs rationnelles (dérives technologiques, peurs économiques…) et irrationnelles (superstitions en tout genre).
  • On craint ce que l’on ne connait pas et ce que l’on ne maîtrise pas. L’innovation est souvent effrayante. Les peurs du public doivent être écoutées au fur et à mesure que nous innovons. Mais il est important de se rappeler que l’économie et le monde changent constamment et s’adaptent.
  • Les technophobes trouvent de plus en plus de sujets d’inquiétude.
  • La convergence NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, sciences Cognitives) et les progrès de l’Intelligence Artificielle (IA) engendrent désormais autant de peurs que d’espoirs.
  • Le digital gap (divisions numériques) est le terme utilisé pour expliquer les divergences entre les personnes qui ont et les personnes qui n’ont pas accès aux outils numériques. Cet écart peut exister entre les personnes instruites et non scolarisées, privilégiées et défavorisées, entre les pays développés et les pays en développement ou entre ceux qui vivent dans les zones rurales et urbaines.
  • Il n’y aurait pas forcément relation entre l’âge, le sexe ou l’éducation en ce qui concerne la technophobie. Il faut éviter les généralisations pour lutter contre la technophobie à un groupe particulier d’âge / sexe[1].
  • Le rapport entre opportunité et menace n’est pas forcément corrélé à l’usage des nouvelles technologies mais parfois à la crainte que les machines puissent vous prendre votre travail. C’est la raison pour laquelle les seniors – qui ne le craignent plus et qui par ailleurs pourraient le plus bénéficier de certaines innovations dans ce domaine (santé et sécurité notamment) sont parfois les plus positifs.
  • En raison du vieillissement de la population, les technologies de l’information deviennent des outils essentiels pour soutenir les personnes confrontées à une détérioration de certains aspects cognitifs (fonctions exécutives, attention verbale, mémoire visuelle et navigation spatiale)[2].
  • Les maisons automatisées, les environnements intelligents, les systèmes de capteurs modernes et les technologies de l’information peuvent aider les personnes âgées à vivre de façon autonome dans leur propre maison.
  • La peur des nouvelles technologies est néanmoins plus répandue dans les générations plus âgées qui n’ont pas grandi avec les ordinateurs, des acronymes compliqués ou des jeux video. Cela conduit à un ego et à une estime de soi endommagés qui s’accumulent au fil des stratégies d’évitement.
  • Certains seniors se montrent néanmoins très rétifs au changement. Les peurs et les craintes des seniors technophobes proviennent non seulement de leur réaction physiologique, mais également de leur réflexe psychologique. De façon générale, la vue, l’ouïe et la réaction des personnes âgées s’usent et diminuent avec l’avancement de leur âge. Tous ces facteurs affaiblissent dans un certain degré leur capacité d’accepter le nouveau.
  • La technologie est souvent perçue comme masculine et que les hommes et les femmes se conforment à ce stéréotype. Les femmes peuvent ainsi exprimer des niveaux plus élevés d’anxiété et de technophobie que les hommes en raison de cette perception. Le «nerd» est notoirement perçu comme un homme, ce qui implique que toute interaction avec la technologie devrait être basée sur les hommes[3].
  • Il existe des étudiants, même parmi les plus jeunes, pour qui les technologies sont difficiles d’accès, tout comme il se trouve des personnes âgées qui se sentent très à l’aise avec elles.  Malgré l’omniprésence des technologies dans leur quotidien, 25 % des jeunes étudiants sont réfractaires à intégrer des activités à distance.[4].
  • La technophobie peut être un problème mineur ou bien être préjudiciable si elle affecte une personne qui voit son employabilité baisser dangereusement.
  • La technophobie peut entraîner une perte d’emplois, de mauvaises situations financières, des amitiés perdues, du stress, de l’anxiété et un sentiment général de désagrément.
  • Pour certains, « technophobe » est un terme négatif plongeant les « technoconscients » et « technoprudents » sous de sombres hospices.
  • Dans quelques années, la technophobie et le stress technologique seront plus acceptés socialement et les gens se sentiront plus à l’aise de demander l’aide dont ils ont besoin.
  • Pour les adultes, le critère de la technophobie prédit qui utilisera la technologie. Pour les enfants, le statut socioéconomique est le meilleur prédicteur de qui utilisera la technologie.

Statistiques

  • En 1993, 25% des Américains ont déclaré qu’ils préféreraient jeter leurs ordinateurs et retourner aux machines à écrire.
  • 98% des adolescents américains n’ont aucune inquiétude à propos de l’utilisation d’horloges numériques, mais 8% des adultes apparemment ne peuvent pas utiliser les appareils sans se soucier de savoir si ils vont effectivement sortir le lendemain matin.
  • Pour 50 à 60% de la population, la technologie est grosso modo satisfaisante mais ils hésitent à l’utiliser sans preuve de son utilité. Ils n’aiment pas rencontrer de problèmes et ont tendance à personnaliser un problème
  • Les résistants englobent environ 30 à 40% de la population. Ils croient que ce n’est pas pour eux. Pour les résistants, toute l’expérience d’apprendre ou d’interagir avec la technologie est très éprouvante.
  • Sur les cinq principaux éléments les plus effrayants pour les Américains, trois d’entre eux (le cyberterrorisme, le suivi par les entreprises de l’information personnelle et le suivi par le gouvernement de l’information personnelle) sont liés à la technologie.
  • Les Américains ont peur à 37% du vol d’identité, à 35,9% de la mort de quelqu’un qu’il aime, à 33% de la surveillance des données personnelles par le gouvernement, à 30% du cyber-terrorisme et à 28% du contrôle par les entreprises des données personnelles[1].
  • Même si plus de 90% des seniors canadiens possèdent un accès Internet quotidien, seulement 18% utilisent des applications pour les aider à gérer leur diabète. La peur de la technologie empêche les seniors canadiens d’utiliser des applications mobiles pour aider à gérer leur diabète de type 2[2].
  • Ce sont les plus de 65 ans et les retraités qui se montrent les plus enthousiastes face à l’IA. Ils sont ainsi 56 % à voir dans l’IA une opportunité de développement alors que les 25 -34 ans sont 54 % à en avoir peur[3].
  • La moitié des Britanniques ne ferait pas confiance aux robots dans des rôles, y compris des interventions chirurgicales (53%), conduisant des bus publics (49%) ou des aéronefs commerciaux volants (62%)[4].
  • 36% des Britanniques croient que le développement de l’IA constitue une menace pour la survie à long terme de l’humanité[5].
  • Les Français sont aussi nombreux à voir dans cette forme de génie de l’algorithme une opportunité (49%) qu’un motif de peur (50%)[6].
  • Comme la robotisation des usines dans les années 1970,  l’intelligence artificielle est perçue par une large majorité d’ouvriers (61%) comme une menace. 56 % des cadres la considèrent comme une opportunité contre 44 % comme une menace[7].
  • Les secteurs d’activité où les Français pensent que l’intelligence artificielle se développera le plus sont logiquement les applications informatiques (30% de citations) puis la santé (24%), les transports (13%), internet (11%) et la sécurité (7%)[8].
  • Un tiers des Américains se sentiraient le plus à l’aise en déléguant des décisions concernant leur planification de la retraite à un ordinateur avec AI, 27% pour choisir l’école de leurs enfants et seulement 4% laisseraient un ordinateur choisit leur partenaire romantique[9].
  • Si elles avaient leur propre robot, 53% des Américains  l’utiliseraient pour faire des tâches quotidiennes, 21% pour la résolution de problèmes. Plus de femmes (59%) que les hommes (48%) ont choisi les corvées et plus d’hommes (26%) que les femmes (17%) l’utiliseraient pour la résolution de problèmes[10].
  • Si on arrondit, on dirait que la règle 80/20 est en vigueur. Huit Américains sur dix ne pensent pas que les ordinateurs pourraient être considérés comme vraiment vivants et 20% pensent qu’ils pourraient être un jour[11].
  • 53% des Américains ne pense pas que les ordinateurs seront jamais en mesure de dire le bien du mauvais[12].
  • 68% pensent que c’est une bonne idée que tous les appareils avec A.I. devrait venir avec un “bouton off”[13].
  • Deux Américains sur trois pensent que l’intelligence humaine représente une menace accrue pour l’humanité[14].
  • La majorité des Américains sont préoccupés par les nouvelles technologies biomédicales[15]. 73% anticipent que la modification génétique et son coût, pourraient élargir l’écart entre les riches et les pauvres.

[1] Sievert, M., “Investigating Computer anxiety in an academic Library”, 1988., Information Technology and Libraries, Sept pp.243-252.
[2] Pedro A. Moreno, M. Elena Hernando, Enrique J. Gomez. Conception et évaluation technique d’un service amélioré de sensibilisation à l’emplacement pour la gestion de la désorientation spatiale des personnes âgées avec une déficience cognitive légère. IEEE Journal of Biomedical and Health Informatics, 2015; 19 (1): 37 DOI: 10.1109 / JBHI.2014.2327638
[3] Whiteley, B., “Gender differences in computer-related attitudes and behaviour: a meta-analysis”. Computers in Human Behaviour, 13(1), pp.1-22, 1997., Cited in: Brosnan, M., Technophobia; The Psychological impact of Information Technology, Routledge, London, 1998.
[4] http://ecobes.cegepjonquiere.ca/media/tinymce/Publication-Education/RappNvMedias_ELECTRONIQUE_11Nov11.pdf
[5] https://blogs.chapman.edu/wilkinson/2016/10/11/americas-top-fears-2016/
[6] http://www.wellandtribune.ca/2014/12/22/technophobia-hindering-seniors-from-managing-diabetes-study
[7] http://www.odoxa.fr/rdv-de-linnovation-lintelligence-artificielle-emballe-les-gagnants-du-systeme-mais-fait-peur-aux-autres/
[8] https://www.britishscienceassociation.org/news/rise-of-artificial-intelligence-is-a-threat-to-humanity
[9] https://www.britishscienceassociation.org/news/rise-of-artificial-intelligence-is-a-threat-to-humanity
[10] http://www.usine-digitale.fr/editorial/sondage-les-francais-ont-peur-de-l-intelligence-artificielle-mais-l-utilisent-quand-meme.N515394
[11] http://www.odoxa.fr/rdv-de-linnovation-lintelligence-artificielle-emballe-les-gagnants-du-systeme-mais-fait-peur-aux-autres/
[12] http://www.usine-digitale.fr/editorial/sondage-les-francais-ont-peur-de-l-intelligence-artificielle-mais-l-utilisent-quand-meme.N515394
[13] http://www.cbsnews.com/news/60-minutes-vanity-fair-poll-artificial-intelligence/
[14] http://www.cbsnews.com/news/60-minutes-vanity-fair-poll-artificial-intelligence/
[15] http://www.cbsnews.com/news/60-minutes-vanity-fair-poll-artificial-intelligence/
[16] http://www.cbsnews.com/news/60-minutes-vanity-fair-poll-artificial-intelligence/
[17] http://www.cbsnews.com/news/60-minutes-vanity-fair-poll-artificial-intelligence/
[18] http://www.cbsnews.com/news/60-minutes-vanity-fair-poll-artificial-intelligence/
[19] Http://www.pewinternet.org/2016/07/26/u-s-public-wary-of-biomedical-technologies-to-enhance-human-abilities/

“Le cri” d’Edvard Munch revu par Kim Dong-Kyu